Entendez-vous la rumeur des sept jeunes garçons et des sept jeunes filles choisis tous les neuf ans par les Athéniens pour être offerts en sacrifice au terrible Minotaure, créature monstrueuse, mi-homme mi-taureau, enfermée par Dédale dans un labyrinthe dont on dit que nul ne peut revenir ?

            Le Minotaure, de son vrai nom Astérion, né de l’union de Pasiphaé et d’un taureau blanc envoyé par Poséidon, est l’image même de la démesure. Il représente les pulsions intérieures auxquelles l’homme doit être capable d’échapper, la part de bestialité qui se loge au fond de chacun d’entre nous. Il est l’image de la cruauté des dieux envers les mortels qui ne les servent pas avec assez de ferveur. Minos n’a-t-il pas attiré à lui ce malheur, en refusant un sacrifice à Poséidon ?

            La légende du Minotaure est sans doute l’une des plus fameuses de la mythologie grecque. Elle passionne les enfants, tant elle les met aux prises avec des émotions contradictoires. Ce mythe fait froid dans le dos, certes. Mais il permet aussi de mettre en valeur le courage du héros Thésée, qui affronte la bête dans le labyrinthe, guidé par le fil que lui a confié Ariane par amour. Et pourtant, malgré la vaillance de Thésée, on s’émeut lorsqu’il abandonne Ariane après avoir vaincu le Minotaure. Et si on lève les yeux, peut-être verra-t-on le spectre d’Icare flottant au-dessus du labyrinthe, lui qui se brûla les ailes en voulant s’en échapper. 

            Labyrinthe. Un mot né d’un mythe, pour désigner un lieu dans lequel on erre jusqu’à se perdre. Labyrinthe. Un monde clos dans lequel l’homme se perd, physiquement mais aussi au sens figuré du terme : le labyrinthe représente le détour, la tromperie, les errances de la nature humaine, la cruauté de nos passions, la part de sauvagerie qui nous habite et, en somme, la démesure qui nous guette, l’hybris.

            Le terme labyrinthe ne renvoie cependant pas qu’à ce mythe et à sa fonction symbolique. Hérodote comme Pline s’attachent à décrire des merveilles architecturales construites en Egypte, en Grèce ou en Italie. Ils s’attachent à décrire des édifices réels, pensés comme des images du monde et de sa beauté, de son équilibre, le cosmos. Sans doute ces dédales avaient-ils une fonction utilitaire également – mausolées en Egypte et en Grèce, système d’approvisionnement en eau pour le labyrinthe de Porsenna, en Etrurie, notamment. Les rois minoens et mycéniens, et plus tard les empereurs romains voulurent quant à eux construire des palais gigantesques, véritables labyrinthes, donnant de l’éclat à leur puissance et permettant de recevoir une cour très nombreuse. Dans l’empire romain, le motif du labyrinthe a sans doute même influencé l’architecture des maisons de hauts dignitaires aux goûts orientaux.

            Chers élèves latinistes et héllénistes, cette année, le Printemps de l’écriture vous invite dans son labyrinthe. Car si le labyrinthe antique symbolise le chemin de la vie, avec son lot de quêtes, d’épreuves et de détours par lesquels l’homme peut se trouver, n’est-ce pas également le rôle de l’écriture ? Prenez la plume et suivez votre fil d’Ariane, éprouvez du plaisir dans l’épreuve que nous vous livrons, laissez-vous allez à des détours dans l’aventure des mots et faites vivre votre goût pour les langues et cultures de l’Antiquité.

« Labyrinthe » dans les langues et cultures de l’Antiquité. Préambule de Valentin Rietz

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