Τὸ φύλλον. Folium. Un détour par l’étymologie nous rappelle que les feuilles mises à l’honneur par le Printemps de l’Ecriture cette année trouvent leur origine dans les langues de l’Antiquité.

C’est que, pour les Grecs comme pour les Romains, l’ordre de la nature, le cosmos, est d’abord l’ordre des dieux : l’histoire de Proserpine-Perséphone, enlevée à sa mère Cérès-Déméter par Pluton-Hadès, explique ainsi l’alternance des saisons et l’infertilité de la terre en automne et en hiver ; quant à Bacchus-Dionysos, dont l’attribut est la feuille de vigne, ses festivités sont associées au réveil de la nature au Printemps. On peut encore penser à Pan, le dieu rustre, ou aux dryades, ces divinités de la forêt qui se cachent dans les feuilles des arbres et dont la plus connue est sans doute la malheureuse Eurydice…  

Les feuilles sont aussi au cœur des relations qu’entretiennent les dieux et les hommes. Ainsi, c’est souvent par la médiation des feuilles que les oracles peuvent transmettre aux hommes la parole divine : la Pythie n’entrait en transe qu’après avoir mâché des feuilles de laurier, la Sybille, elle, inscrivait ses prophéties sur des feuilles d’arbres. De même, c’est un arbre, l’olivier, qu’Athéna offre aux habitants de l’Attique comme symbole de sa protection. Quant à la couronne de laurier, n’était-elle pas le signe d’un triomphe quasi-divin pour celui qui la portait ? Enfin, nombreuses sont les Métamorphoses qui montrent une femme – Daphné, Myrrha, Dryopé ou Lotis – se parer de feuilles avant de devenir arbre sous l’influence des dieux. Au-delà des croyances des Anciens, les feuilles nous renvoient aussi au formidable essor des sciences naturelles et de la médecine dans l’Antiquité : car, déjà, on est conscient que la nature est régie par des lois, déjà, on est conscient que la nature peut soigner les hommes. Les feuilles ont ainsi fait l’objet de la plus grande attention des encyclopédistes et des philosophes grecs et romains, à l’instar de Platon, qui compare l’âme à une feuille, et de Théophraste, qui est connu pour avoir trouvé, dans les feuilles de mandragore, un remède aux crises de goutte.

Pline, dans son Histoire naturelle, nous rappelle par ailleurs que, travaillée par la main de l’homme, la feuille peut devenir feuille… de papyrus. Elle peut devenir cette feuille sur laquelle on écrit. La thématique du Printemps de l’Ecriture 2021 nous rappelle ainsi aux manuscrits grecs et romains qui poussèrent les Anciens à bâtir de nombreuses bibliothèques destinées à les conserver.

En quelque sorte, on peut donc dire que c’est toute la langue, toute la littérature et toute la culture des Anciens qui tient dans le thème choisi cette année : Feuilles.

Plus que jamais, le Printemps de l’Ecriture respecte le rythme des saisons, pour faire de l’acte même d’écrire une renaissance et comme une ode à la nature et à la vie. Chers élèves, que vous soyez latinistes ou hellénistes, tirez dans les racines gréco-latines l’inspiration pour écrire vos plus belles feuilles et montrer que les langues et cultures de l’Antiquité sont toujours bien vivantes et n’en finiront jamais de faire leur Printemps.

« Feuille(s) » dans les langues et cultures de l’Antiquité. Préambule de Valentin Rietz

Vous pourrez aussi aimer

Laisser un commentaire