« Car il arrive à l’inconnu ! » Rimbaud, Lettre du voyant (1871)

Où est la sortie ? S’aventurer dans l’écriture, c’est faire l’expérience du labyrinthe. Depuis les méandres de l’imaginaire, en passant par la quête des mots, écrire c’est se perdre dans des entrelacs, se confronter à des impasses, revenir en arrière, s’arrêter, emprunter de nouveaux chemins, et découvrir enfin la voie qui mènera dans des endroits imprévisibles et inattendus.

Par le choix des mots, l’enchevêtrement des phrases, l’apprenti écrivain déroule le fil qui le conduit dans une exploration des mystères de la création. Le cheminement n’est jamais linéaire : il comporte de multiples bifurcations, contournements qu’il faut affronter. Au détour d’un sentier, l’angoisse de la page blanche menace. Il faut alors combattre l’ennemi, se mesurer au Minotaure, gardien des trésors enfouis. Au prix d’une lutte acharnée, le fougueux Thésée vaincra le monstre. De cette victoire surgira alors l’œuvre aboutie.

Ainsi, écrire, c’est chercher, se perdre, batailler, et (se) trouver.

La figure du labyrinthe apparaît dans tous les champs de la connaissance. Elle constitue entre autres l’allégorie de l’expérience artistique et de la destinée humaine. Hermione en proie aux affres de la passion amoureuse s’exclame dans un monologue d’Andromaque de Racine (Acte V, scène 1) « Où suis-je ? Qu’ai-je fait ? Que dois-je faire encore ? / Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ? / Errante et sans dessein je cours dans ce palais. ». L’amour qu’elle porte à Pyrrhus, roi d’Epire, l’entraîne aux confins de la folie dans un labyrinthe émotionnel dans lequel elle perd ses repères et toute maîtrise. Elle ne perçoit aucune issue puisque ce dernier est épris d’Andromaque. Le trouble et la confusion l’emprisonnent dans les dédales de l’hybris. Pour parvenir à écrire, il peut être parfois nécessaire de se lancer sans trop d’états d’âme et faire preuve d’humilité.

Laissons-nous guider par l’aède aux pieds volants qui invite au « dérèglement de tous les sens ». Le vagabondage enivrant des mots est un labyrinthe exaltant ! Comme un rêve éveillé, « lev[ons] un à un les voiles » et cheminons dans l’enchevêtrement de l’imaginaire et du langage. Ayons l’audace de l’inconnu…

« Labyrinthe », éditorial de Madame la rectrice de l’académie de Strasbourg

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